E-cologie et bitcoin

De nos jours, nous faisons face à une prise de conscience des dangers et enjeux climatiques actuels et futurs, à court et moyen terme. Dans cette perspective, la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises prend une importance considérable, notamment implantée par des dispositions et réglementations financières toujours plus importante (pour cela, voir les articles portant sur cette notion[1]).


Dans ce sens, on entend régulièrement dans les médias que la blockchain et les diverses cryptos-actifs sont très énergivores et donc peu écologiques. Cette problématique se pose en effet à la vue de l’utilisation d’importantes puissances de calcul pour réaliser le minage des opérations et l’authentification des blocs, qui implique donc une consommation d’énergie toujours plus importante.


Qu'en est-il vraiment ?


I. Situation actuelle

Si l’on prend un exemple chiffré comme on en voit régulièrement dans les articles de presse, on observe que la validation d’un bloc unique de transactions en bitcoins exige la consommation d’un ménage américain pendant une semaine. Cette même opération équivaut à plus de 500.000 transactions passées par une carte VISA[2]. Dans la même perspective, en 2018, la consommation annuelle d’électricité du bitcoin a été évaluée à quarante-huit térawattheures, soit l’équivalent de la consommation de la Nouvelle-Zélande au cours de l’année (n'est-ce pas la première fois qu'on entend un actif être comparé à la consommation d'un pays?...)


Ainsi, de nombreux médias montrent du doigt que l’un des principaux problèmes est que la technologie de la blockchain est gourmande, et ce de manière exponentielle.


En effet, la majorité des blockchains fonctionnent aujourd’hui sur le protocole de validation par la « preuve de travail », et ces chaînes s’agrandissent de jour en jour au fur et à mesure que le réseau et ses nœuds se développent, ce qui nécessite une puissance de calcul toujours plus grande et donc toujours plus énergivore.


Pour le bitcoin, si pour l’instant, il s’agit « seulement » de la Nouvelle-Zélande, à court terme, il pourrait bien apparaître que son système de fonctionnement utilise l’équivalent de la consommation européenne… ?


Si l’on souhaite actuellement une transaction moins énergivore, la contrepartie serait de rabaisser le niveau de sécurité, or il semble que ce n’est pas ce que désirent les utilisateurs de cryptomonnaies.


II. Discussion

Toutefois, d’une part, il apparaît difficile de cartographier tous les sites de minage actuellement en activité et d’identifier le type d’énergie qu’ils consomment ce qui rend encore plus incertaine leur consommation véritable qui peut être bien plus élevée (charbon, nucléaire, etc), mais également bien plus faible (éolien, hydroélectrique, etc).


Et, d’autre part, l’argument de nombreux médias, mettant en valeur que l’écosystème va devenir de plus en plus énergivore du fait que les transactions ne font qu’augmenter et augmenteront, est faux.


En effet, l’énergie utilisée se fait « par bloc » et non « par transaction ». Aucune corrélation n’a été prouvée entre le nombre de transactions traitées et l’énergie utilisée par le réseau. De plus, le fait que les transactions augmentent montre simplement que de plus en plus d’utilisateurs font confiance à l’écosystème et le coût énergétique vient sécuriser ces derniers en authentifiant et sécurisant les nouveaux blocs créés.


Dès lors, le lien entre bitcoin, énergie, environnement et écologie est bien plus complexe qu’il n’y paraît.


Tout d’abord, il semble important de réfléchir à comment exploiter l’énergie de manière responsable et durable. Ainsi, dans la hiérarchie des besoins futurs en énergie, il faudra réfléchir sur le fait de savoir si le bitcoin et les cryptomonnaies sont des domaines à privilégier. Pour cela, on peut se demander si le bitcoin et les autres cryptomonnaies sont légitimes à produire tant d’énergie ? Pour répondre à cette question, on peut alors citer ses différents avantages : monnaie numérique indépendante, autonome et non manipulable, adossée à un réseau de paiement décentralisé, sans intermédiaire, et non censurable – une monnaie saine et impartiale. Alors :

Technologie utile ou non ?


En 2021, Cambridge[3] a publié une étude montrant que le réseau bitcoin exploiterait environ 100 à 200 TWH (térawattheure), soit environ 0,1% de la consommation mondiale d’électricité (environ 160.000 TWH). Comme discuté plus tôt, certains médias ont alors comparé cela à la consommation de certains pays et montraient que cela était supérieur par exemple à la consommation de la Norvège, ou de la Suisse. Or, aucun de ces médias communs n’a montré que cela était douze fois moins que les appareils en veille aux États-Unis. Étonnant ? Peut-être pas.


III. Comparaison avec le système bancaire et l'industrie des métaux précieux

Le secteur que le Bitcoin tente de concurrencer est, bel et bien, le système bancaire et l’industrie des métaux précieux. Quels sont leurs impacts comparés à l’écosystème des cryptos-actifs ?


Si l’on se concentre sur la preuve de travail, il apparaît que son coût en énergie est relatif comparé aux systèmes de gouvernance actuels. En effet, sur une année, le coût énergétique du minage est de 4.5 milliards de $. Ce chiffre paraît énorme. Or, il ne l’est pas réellement. Comme on l’a dit, si on compare le minage au coût du système bancaire et de l’industrie des métaux précieux, le minage du bitcoin utilise 15 fois moins d’énergie[4] et est environ 440 fois moins coûteux[5].


Comme on l’a dit en introduction, ces « validateurs de transactions » sont appelés mineurs car, comme pour l’or, ces derniers doivent travailler beaucoup et très dur pour réellement extraire de « l’or », raison pour laquelle sa valeur est très importante. Or, en comparaison de l’or, son coût énergétique est bien moins élevé.


Dès lors, cela est sans appel, l’or ou l’industrie bancaire ont des impacts environnementaux bien plus importants que le minage du bitcoin et des autres cryptomonnaies.


IV. Conclusion

En outre, on voit que sur les environ 17.000 pools de mineurs recensés, les coûts mis en jeu varient et se déplacent en fonction de l’accessibilité du matériel ASIC permettant de miner, et les coûts énergétiques liés au fonctionnement, notamment du fait que la localisation des lieux de minage n’a aucune importance comme le réseau est décentralisé. Dès lors, les pools de minage vont venir se déplacer dans les endroits où l’électricité est la moins chère, c’est-à-dire, où des surplus d’électricité sont laissés.


En conséquence, on se rend compte que le coût énergétique n’est pas important puisque sans les mineurs, cette énergie serait perdue par le réseau.


Cela pourrait permettre en outre, à moyen terme, d’aider l’implantation d’énergie renouvelable puisque les mineurs viendraient utiliser l’énergie excédentaire et fournir une source de financement supplémentaire à ce secteur durable en les finançant pour cette électricité. Les cryptos-actifs pourraient ainsi être un élément bénéfique pour la cause écologique et venir faciliter la transition écologique. A méditer ...


Et voilà ! Merci une nouvelle fois pour votre lecture et votre soutien ! J'espère que cet article vous aura plu et vous permettra de voir l'écosystème crypto d'un autre oeil ! On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article ! Merci !


[1] https://www.ledroitcestdelaw.com/post/responsabilit%C3%A9-sociale-d-entreprise-une-obligation-juridique-contraignante et https://www.ledroitcestdelaw.com/post/la-soci%C3%A9t%C3%A9-existe-elle-pour-le-b%C3%A9n%C3%A9fice-des-hommes-ou-inversement [2] R. Bloch, La phénoménale consommation d’énergie du bitcoin, Les échos, 11 novembre 2017 [3] Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index 2021, disponible via : https://ccaf.io/cbeci/index [4] 183 TWH pour le BC – 500 TWH pour le minage de l’or – 2.340 TWH pour l’utilisation du système bancaire [5] 4.5 milliards de $ pour le BC – 145 milliards pour le minage de l’or – 1.870 milliards pour l’utilisation du système bancaire

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